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Bubblegum Perfume, by Bates

chronique © Les Inrockuptibles 1990
Les paroles s'envolent, les écrits restent. Lawrence nous avait affirmé bien fort qu'il sacrifiait son groupe - en même temps que la décennie - sur l'autel de l'insuccès, qu'il partait vivre à New York et qu'il reformerait un grand groupe sur un grand label. Il faut bien avouer qu'on y croyait qu'à moitié, quelle major aurait accepté de signer le pleurnichard surdoué de la scène anglaise ? Et puis nos réserves prenaient corps de jour en jour, surtout lorsqu'on a appris que Lawrence était revenu, bredouille, de New York après deux mois pour retrouver la grisaille londonienne. De son nouveau groupe, on ne connaît d'ailleurs toujours que le nom : Denim. Et puis voilà que sort cette compilation de ses années Creation, comme Gold mine trash était celle de ses années Cherry Red. Rien d'extraordinaire en soi. Si ce n'est qu'il est marqué dessus en gros, en très gros même, et en vert sur fond rose, que Felt a fait dix album en dix ans. Soit une moitié de la proposition de Lawrence : "Felt a fait dix albums en dix ans, il faut arrêter le groupe avec la décennie, c'est parfait".

01. I Will Die With My Head In Flames
02. Stained-glass Windows In The Sky
03. I Didn't Mean To Hurt You
04. Space Blues
05. Autumn
06. Be Still
07. There's No Such Thing As Victory
08. Magellan
09. The Final Resting Of the Ark
10. Sandman's On The Rise Again
11. Don't Die On My Doorstep
12. A Wave Crashed On Rocks
13. Book Of Swords
14. Declaration
15. Gather Up Your Wings And Fly
16. The Darkest Ending
17. Bitter End
18. Rain Of Crystal Spires
19. Voyage To Illumination
20. Ballad Of The Band

Voici donc la compilation de la seconde moitié des années 8o : l'orgue geignard de Martin Duffy plutôt que la guitare larmoyante de Maurice Deebank, mais toujours les textes - distrayants comme une blague de croque-mort - de Lawrence, sa plume toujours coincée entre la frustration, le sentiment de culpabilité et l'inadaptation sociale. Si Bubblegum perfume laisse d'abord un drôle de parfum - cafard automnal plutôt que pastel estival -, c'est qu'on est littéralement saisi par l'unité de ce qui aurait pu être un album écrit sur plusieurs années. Les rares fois où l'espoir pointe son nez, il se fait immédiatement rabattre le caquet par la chanson suivante. On ne saura jamais si Lawrence connaît le sentiment de la joie de vivre, mais c'est en tout cas dans la désolation qu'il s'exprime, et avec quelle parfaite sensibilité grinçante. Bye bye, Lawrence de Felt, merci pour tes dix merveilleuses années de spleen on espère retrouver ta liquette de Denim très bientôt. Dans un registre plus gai ?

Bates
dans Les Inrockuptibles n°25 de septembre-octobre 1990
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